 | 26 mai 2006
Le Moyen-Orient, trois ans après la feuille de route et la chute de Saddam
Conférence de M. Sami Aoun, journaliste et politicologue
Devant une soixantaine de personnes réunies au Salon des boiseries de l’université du Québec à Montréal, l’éminent journaliste et professeur de Science politique à l’université de Sherbrooke, Sami Aoun a, sous le titre Le Moyen-Orient, trois ans après la feuille de route et la chute de Saddam, tracé au sortir de l’assemblée générale de l’ACNU-Montréal, un bilan critique de l’incursion états-unienne en Irak et des perspectives d’avenir tant pour le peuple irakien lui-même que pour le peuple palestinien dont l’avenir est intimement lié à la « feuille de route ».
Selon monsieur Aoun, l’incursion états-unienne correspondait, après les attaques du 11 septembre, à la volonté du gouvernement des E.U.A. de voir la guerre au terrorisme se livrer en dehors du territoire national. Cet objectif a certes été atteint, mais le prix à payer a été élevé : des attentats ont eu lieu sur le territoire de puissances alliées (Espagne et Grande-Bretagne) et on a eu la preuve que le système international ne peut être géré par une seule puissance (remontée de la Russie et émergence de la Chine qui attend l’essoufflement du géant américain).
Un deuxième objectif était de secouer une dictature si profondément enracinée dans le pays qu’il devenait impossible de la renverser de l’intérieur, et, ce faisant, d’envoyer un signal clair à d’autres régimes autoritaires dans le monde arabe à l’effet que le moment des réformes démocratiques était arrivé. Peut-être les stratèges états-uniens avaient-ils à l’esprit l’invasion de l’Égypte par Napoléon Bonaparte qui secoua non seulement l’Égypte, mais aussi l’empire ottoman tout entier. Toutefois, cet objectif ne fut pas atteint parce qu’en Syrie, le parti BAAS ne pouvait accepter de voir un parti frère renversé, alors qu’en Égypte et en Jordanie, les sunnites ne pouvaient accepter un leadership kurde.
En ce qui concerne la Palestine, on doit constater que la « feuille de route » n’existe tout simplement plus. Les Israéliens ne croient plus que l’on puisse en arriver à une paix négociée durable. Aussi ont-ils établi leur propre plan de paix unilatéral et non négociable qui consiste à créer un mur entre les deux communautés. Du côté palestinien, le Hamas a été le premier surpris de son arrivée au pouvoir et il est tiraillé entre l’axe syro-iranien d’une part et l’axe jordano-égyptien d’autre part.
Un premier scénario possible pour l’avenir est explosif : les États-uniens ont voulu dépoussiérer des régimes qui ne veulent pas se moderniser. On doit avouer que tant en Irak qu’en Palestine, on a assisté aux élections les plus équitables que l’on ait vues depuis longtemps dans le monde arabe. Toutefois, les unes et les autres ont vu le triomphe des puissances fondamentalistes; verra-t-on l’émergence de démocraties sans démocrates?
Un deuxième voudrait que la raison politique triomphe et que les forces démocratiques partout dans le monde arabe s’unissent pour lutter de concert contre l’hégémonisme états-unien. Toutefois, la réalité force à constater qu’à l’heure actuelle, seule l’Iran, semble vouloir ou pouvoir faire entendre sa voix dans le monde arabe. Le silence que l’on observe dans les autres pays pourrait bien cacher un ressentiment qui finira par éclater un jour ou l’autre.
(Résumé : Serge Marcoux)
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